Docteur Tom Steffen
Responsable de la recherche quantitative

les conséquences imprévues des indices de référence (non) alignés sur l’objectif de paris |14 Novembre 2022 | INVESTISSEMENTS ET MARCHÉS

Pour les investisseurs institutionnels ayant des objectifs de décarbonisation, le suivi d’un indice conforme aux règles de l’UE relatives aux indices de référence alignés sur l’objectif de Paris (Paris Aligned Benchmarks – PAB) peut constituer une solution pratique. Il soulage les investisseurs d’une partie de la charge que représentent l’interprétation et la mise en œuvre des lignes directrices alignées sur celles de Paris et ne nécessite aucun contrôle supplémentaire des gestionnaires de portefeuille. Mais sont-ils le meilleur moyen d’atteindre un résultat de 1,5°C ? Dans cet article, nous soutenons qu’ils ne le sont pas. En fait, loin de faciliter le chemin vers l’objectif de Paris, les PAB pourraient en réalité constituer un obstacle à une transition vers l’économie tout entière.

  • Les indices de référence alignés sur l’objectif de Paris (PAB) offrent une solution pour aligner les investissements sur un monde à 1,5°C. Toutefois, les PAB ne doivent pas être considérés comme la seule solution pour atteindre l’objectif de température.
  • Le règlement du PAB impose des exigences rigides sur la trajectoire des émissions d’un indice, alors que ce qui compte le plus, ce sont les émissions cumulées du portefeuille dans le temps.
  • Les fournisseurs d’indices ont eu recours à la réaffectation de capitaux vers des secteurs à faible impact pour atteindre le taux de décarbonisation prescrit. Les entreprises des secteurs à fort impact ne sont pas incitées à passer à des opérations plus écologiques.
  • Les défauts de conception des PAB entraînent un découplage entre les indices de référence et l’économie réelle, ce qui empêche une véritable progression vers un monde à 1,5°C et risque d’aggraver la situation des investisseurs.
  • Atteindre l’alignement de Paris sur l’ensemble de l’économie dans les portefeuilles est possible, mais nécessite une approche plus nuancée pour éviter les conséquences imprévues.

  • Arrière-plan : le Benchmark Aligné sur Paris n’est pas synonyme de l’Accord de Paris

    L’alignement de Paris est l’objectif d’atteindre 1,5°C sans dépassement ou avec un dépassement limité. Sur la base de la science du climat, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que les émissions mondiales devront diminuer de 7,6 % par an à partir de 2020[i]. Le groupe d’experts techniques sur la finance durable (TEG) de l’UE a calculé un taux de décarbonisation annuel similaire de 7 %. La figure 1 montre la trajectoire des émissions correspondante en prenant 2020 comme année de référence.

Figure 1. La ligne jaune décrit la trajectoire d’émissions annuelles d’une décarbonation de 7 %
d’une année sur l’autre requise pour atteindre l’objectif de Paris de 1,5°C
. Source : Osmosis.

Le TEG de l’UE a élaboré le règlement relatif à l’indice de référence aligné sur l’objectif de Paris (PAB) qui stipule les normes à respecter pour qu’un indice soit aligné sur l’objectif de température de 1,5°C fixé par Paris. Les exigences minimales sont les suivantes : (1) une auto décarbonisation moyenne de 7 % par an, conformément au scénario 1,5°C du GIEC ; (2) une réduction initiale de l’intensité carbone de 50 % par rapport à l’univers investissable. La figure 2 montre la trajectoire respective du PAB en violet.

 

Figure 2. La ligne violette décrit la trajectoire d’émission annuelle d’une réduction initiale de 50 %
suivie d’une décarbonisation de 7 % par an, conformément aux règles du référentiel aligné sur Paris.
Source : Osmosis.

Comme le montre la ligne violette, le règlement du PAB permettra d’atteindre l’alignement sur l’objectif de Paris, mais l’écart par rapport à la ligne jaune, dû aux exigences minimales gravées dans le marbre par le TEG, soulève la question de savoir si la trajectoire du PAB offre suffisamment de flexibilité pour lutter contre le changement climatique dans un monde en constante évolution.

Pourquoi la seule trajectoire de décarbonation fournit-elle une image incomplète ?

De nombreux investisseurs pensent que pour atteindre l’objectif de 1,5°C, un produit d’investissement doit suivre la trajectoire PAB (violet, figure 2). L’écart de la trajectoire PAB par rapport à la trajectoire 1,5°C (jaune, figure 2) est dû à la réduction initiale de 50 %, qui a été intégrée par le TEG de l’UE à titre de garantie. À proprement parler, l’alignement sur l’objectif de Paris peut être réalisé sans la réduction initiale, mais les autres trajectoires, même si elles sont alignées sur l’objectif final d’un réchauffement climatique ne dépassant pas 1,5°C, sont souvent perçues comme incompatibles avec le règlement. Cette confusion autour de l’alignement sur la trajectoire du PAB par rapport à l’objectif de 1,5°C peut entraîner des répercussions considérables, en étouffant l’innovation dans la gestion des investissements durables et en limitant le choix des investisseurs soucieux du climat.

Prenons par exemple la trajectoire d’un produit d’investissement qui atteint une réduction initiale de l’intensité des émissions de 60 % par rapport à l’univers investissable. Supposons qu’au cours des années suivantes, le portefeuille soit construit de manière à maintenir l’intensité d’émission atteinte au cours de l’année de référence. La trajectoire de réduction des émissions serait alors plate, comme le montre la figure 3.

« Cette confusion entre l’alignement sur la trajectoire du PAB et l’objectif de 1,5°C
peut avoir des répercussions considérables, en étouffant l’innovation dans la gestion
des investissements durables et en limitant le choix des investisseurs soucieux du climat. »

Figure 3. La ligne verte décrit la trajectoire annuelle des émissions d’une solution de rechange
permettant une réduction initiale de 60 % en maintenant une empreinte stable par la suite
(décarbonisation de 0 % d’une année sur l’autre).
Source : Osmosis.

En termes de trajectoire, il semblerait que le portefeuille soit incapable d’atteindre l’objectif ambitieux de 1,5°C. Cependant, l’ampleur du réchauffement climatique sera déterminée par les émissions cumulées dans l’atmosphère. Ainsi, dans la figure 4, nous mettons en évidence les émissions cumulées des trajectoires de décarbonisation de la figure 3.

« … l’ampleur du réchauffement climatique sera déterminée par les émissions cumulées dans l’atmosphère. »

Un portefeuille qui parvient à une réduction initiale de l’intensité des émissions de 60 % et qui, par la suite, maintient son empreinte d’émissions stable au fil du temps sans auto décarbonisation annuelle supplémentaire, équivaudrait, en termes d’émissions de GES cumulées, à la décarbonisation de l’économie de 7 % par an recommandée par le GIEC. En fait, du point de vue de la science environnementale, les émissions économisées aujourd’hui ont plus de valeur que les émissions économisées à l’avenir en raison de leurs effets d’entraînement sur l’environnement. L’ouvrage « The Time Value of Carbon », rédigé par mon collègue Jamie Padkin, fournit une explication plus détaillée de cet effet. Si l’innovation permet une réduction initiale plus importante à l’échelle de l’industrie, suivie d’un rythme annuel de décarbonisation plus lent, il faut l’encourager.

À proprement parler, tout portefeuille dont les émissions cumulées sont inférieures à la ligne jaune adhérerait à l’Accord de Paris sur les 1,5°C. La trajectoire de référence de 50 %, plus 7 % d’une année sur l’autre, ne doit pas devenir le critère déterminant de l’alignement d’un portefeuille sur l’Accord de Paris.

Figure 4. En termes d’émissions cumulées, une réduction initiale de 60 % suivie d’une stabilisation
des émissions par la suite équivaut à une décarbonisation de 7 % par an
. Source : Osmosis.

Si l’on reprend l’exemple précédent d’un portefeuille dont l’intensité d’émission est inférieure de 60 % à celle de l’univers investissable au cours de l’année de référence, ce portefeuille serait déjà en accord avec l’objectif de 1,5°C sans réduction supplémentaire d’une année sur l’autre, comme le montre la ligne verte qui rejoint la ligne jaune dans la figure 4. Pour obtenir le même résultat qu’un PAB, en réduisant les intensités de 50 % plus 7 % par an, le produit à 60 % ne doit se décarboniser qu’à un taux annuel de 4,9 %. Dans la figure 4, la ligne verte rejoint alors la ligne violette. Le résultat, en termes d’émissions totales de GES, est identique, mais la construction s’écarte des règles prescrites par les PAB. Les PAB constituent une solution pour s’aligner sur l’objectif de 1,5°C. Cependant, en prescrivant la trajectoire, le TEG a ôté la possibilité pour l’industrie de l’investissement durable d’innover sur son chemin vers Paris. Comme d’autres solutions seront développées, il serait préjudiciable pour la planète d’écarter les innovations simplement sur la base de leurs trajectoires de décarbonisation divergentes.

« … les émissions économisées aujourd’hui ont plus de valeur que les émissions économisées à l’avenir
en raison de leurs effets d’entraînement sur l’environnement. »

Il est important de noter que la trajectoire entraînera des répercussions sur la construction des portefeuilles et la gestion des risques. Une trajectoire inflexible peut entraîner des conséquences inattendues pour les investisseurs. Il devient de plus en plus difficile de contrôler les risques liés aux facteurs communs lorsque l’économie réelle ne se décarbonise pas au rythme requis. Le fait de se concentrer sur les émissions cumulées offre des degrés de liberté supplémentaires aux gestionnaires d’investissement pour atteindre leurs objectifs de Paris, leur permettant ainsi de mieux gérer leur risque carbone ainsi que les risques financiers traditionnels. Nous y reviendrons plus tard.

Si la réalisation de l’objectif de 1,5°C n’est pas négociable, il existe d’importants écueils qu’il convient d’éviter soigneusement sur le chemin de l’alignement sur l’objectif de Paris.

Inciter à la transition des secteurs à fort impact

Trop peu d’entreprises sont actuellement alignées sur Paris. Comme l’explique un fournisseur d’indices : « Aujourd’hui, 90 % des entreprises publiques mondiales ont une Augmentation Implicite de la Température (Implied Temperature Rise – ITR) supérieure à 1,5°C, ce qui rend extrêmement difficile pour un indice diversifié, y compris un indice de référence aligné sur l’objectif de Paris, d’avoir un ITR de 1,5°C ou 2°C à l’heure actuelle. En fait, un portefeuille avec un ITR de 1,5°C aujourd’hui signifierait probablement une forte concentration et un déplacement significatif des pondérations vers les quelques entreprises qui ont déjà un ITR de 1,5°C ou moins. » Construire un portefeuille aligné sur l’objectif de Paris devient donc plus difficile avec chaque année qui passe où l’économie réelle ne se décarbonise pas au taux prescrit de 7 %.

Comme le montre la figure 5, pour atteindre la trajectoire, les indices de référence alignés sur le modèle parisien sont actuellement contraints de sous-pondérer activement les secteurs à fort impact, tels que l’énergie, les matériaux et les services publics, dans leur ensemble. En dehors d’une forte surpondération de l’industrie, les autres surpondérations sectorielles concernent les technologies de l’information, la finance et l’immobilier. Pour progresser réellement dans la lutte contre un changement climatique catastrophique, il faudra toutefois s’attaquer aux plus grands émetteurs des secteurs à fort impact en les encourageant à passer à des modèles économiques plus écologiques.

Figure 5. Expositions sectorielles actives de l’indice MSCI World Climate Paris Aligned.
Source : Indices climatiques MSCI, MSCI Inc., septembre 2021.

Étant donné qu’il n’y a pas assez d’entreprises au niveau des actions pour construire un PAB diversifié, l’EU TEG recommande de traiter le problème au niveau du portefeuille en construisant un indice qui, dans son ensemble, suit le taux de décarbonisation de 1,5°C, et en déplaçant les pondérations de l’indice des entreprises à forte intensité vers celles à plus faible intensité.

Afin d’éviter l’écoblanchiment, le règlement contient la « contrainte d’exposition aux actions », qui exige que les réductions d’intensité soient réalisées au sein des secteurs, et non par l’exclusion des secteurs intensifs à fort impact dans leur ensemble.

« … pour atteindre la trajectoire, les indices alignés sur l’objectif de Paris
sont actuellement contraints de sous-pondérer activement les secteurs à fort impact,
tels que l’énergie, les matériaux et les services publics, dans leur ensemble. »

La contrainte s’applique toutefois à l’ensemble de tous les secteurs à fort impact. On pourrait, par exemple, comme nous l’avons vu plus haut, désinvestir des services publics et déplacer le poids vers les secteurs industriels de telle sorte que le poids agrégé des deux secteurs ne s’écarte pas de celui de l’indice de référence.

Cette approche pose deux problèmes. Premièrement, la règle de réduction de 7 % par an est telle qu’il devient de plus en plus difficile de l’atteindre sur une base intra-sectorielle, si l’économie réelle ne réduit pas ses intensités assez rapidement. Deuxièmement, la réaffectation du capital entre les secteurs à fort impact est discutable. La production d’électricité n’est pas comparable à la fabrication industrielle, même si toutes deux sont des processus intensifs.

En pratique, cela signifie qu’il existe un découplage clair entre l’économie réelle et les indices de référence alignés sur l’objectif de Paris. Comme l’a déclaré un fournisseur d’indices, les réductions de l’intensité de carbone dans son indice de référence sont principalement dues à la surpondération des secteurs de la consommation discrétionnaire et des technologies de l’information. On peut dire que le règlement vous pousse vers un portefeuille qui aura moins d’impact sur les changements et les progrès réels vers l’accord de Paris.

« Ce qui compte, c’est l’impact réel sur le coût du capital, et non les réductions d’intensité
sur le papier dans un portefeuille qui ne reflète pas l’économie réelle. »

Si nous voulons atteindre l’objectif de 1,5°C, nous devons inciter les secteurs les plus polluants à changer. Cela ne peut se faire qu’en identifiant et en récompensant les leaders environnementaux et en pénalisant les retardataires environnementaux dans chaque secteur. Le désinvestissement de secteurs entiers ne supprime pas seulement la possibilité de transférer des capitaux vers des entreprises en transition, il supprime également la possibilité d’apporter des changements par un engagement actif. Nous devons responsabiliser les entreprises dans l’ensemble de l’économie, même si cela exige de renoncer parfois aux réductions d’émissions prescrites de 7 % par an. Ce qui compte, c’est l’impact réel sur le coût du capital, et non les réductions d’intensité sur le papier dans un portefeuille qui ne reflète pas l’économie réelle.

Découplage de l’économie réelle

La couverture du risque climatique au prix d’un risque actif accru.

Non seulement les investisseurs mettent en péril l’impact environnemental en suivant sans broncher les PAB, mais ils prennent également des paris involontaires qui risquent de leur nuire sur le plan financier. La gestion traditionnelle des risques est aussi importante que la gestion des risques climatiques si nous voulons préserver l’argent et la planète des générations futures.

Le TEG de l’UE indique que les OPCVM doivent permettre aux investisseurs de se couvrir contre les risques liés à la transition climatique et d’orienter leurs investissements vers des opportunités de transition énergétique. Compte tenu de l’exposition sectorielle des OPCVM aujourd’hui, on pourrait dire qu’une surexposition aux technologies de l’information ne permet pas de faire avancer la transition. Une véritable couverture ayant un impact réel compenserait une position sous-pondérée dans le producteur d’électricité à énergie fossile le plus polluant par une position surpondérée dans le producteur d’électricité à énergie propre le plus vert. Le même raisonnement s’applique à tous les autres secteurs.

« Le risque actif, en termes d’écart par rapport à l’univers investissable
reflétant l’économie et les expositions aux facteurs de risque qui en résultent,
est accepté sans discernement comme un dommage collatéral. »

En raison de l’accent rigide mis sur l’exigence de décarbonisation d’une année sur l’autre, l’empreinte carbone prescrite détermine le portefeuille final. Le risque actif, en termes d’écart par rapport à l’univers investissable reflétant l’économie et les expositions aux facteurs de risque qui en découlent, est accepté sans discernement comme un dommage collatéral. Les investisseurs dans de nombreux produits ESG ont ressenti le contrecoup de cette acceptation aveugle des risques financiers traditionnels au cours du premier semestre 2022. La hausse des prix des matières premières a profité à des industries qui ont longtemps été boudées par la communauté de l’investissement durable et les valeurs technologiques qui ont longtemps dominé leurs portefeuilles ont vu leurs prix s’effondrer face aux vents contraires macroéconomiques.

Un portefeuille visant un impact environnemental et financier ciblerait les meilleures entreprises dans chaque secteur, laissant le portefeuille qui en résulte déterminer l’empreinte carbone, tout en gérant activement les risques du portefeuille. L’empreinte obtenue refléterait l’état le plus durable de l’économie actuelle, ce qui encouragerait un réel changement à l’avenir. En suivant cette approche, on aurait une chance de placer l’économie réelle sur la trajectoire de décarbonisation requise pour s’aligner sur l’objectif de 1,5°C.

Les défauts de conception technique préjudiciables

Valeur d’entreprise y compris les liquidités – L’illusion de l’impact

Les défauts de conception intrinsèques des PAB entravent l’impact environnemental.

Le TEG de l’UE a prescrit l’utilisation de la valeur d’entreprise, y compris les liquidités (Enterprise Value Including Cash – EVIC) comme dénominateur pour le calcul des intensités en gaz à effet de serre (GES). La raison en est que les groupes d’experts craignaient que des dénominateurs tels que les revenus ne favorisent de manière déraisonnable les entreprises des secteurs générant des revenus élevés, même si leurs actifs sont voués à disparaître. Cette crainte est injustifiée si l’on compare les entreprises au sein de leur secteur, ce qui incite à la décarbonisation de l’ensemble de l’économie, comme nous l’avons expliqué plus haut.

En outre, le calcul de l’EVIC intègre la capitalisation boursière des entreprises. Non seulement cela introduit une volatilité injustifiée dans les intensités en carbone, ce qui entraîne une rotation des composants de l’indice due à des fluctuations du cours des actions sans rapport avec la production des entreprises, mais cela avantage aussi injustement les valeurs de croissance. Le recours à l’EVIC risque également de tromper les investisseurs sur les empreintes environnementales des portefeuilles. Par exemple, les fournisseurs d’indices ont dû expliquer récemment que le niveau de pollution de leurs indices n’avait pas augmenté alors que les intensités basées sur l’EVIC avaient augmenté (voir la figure 6).

Figure 6. Fluctuations des intensités d’émissions basées sur l’EVIC de l’indice MSCI ACWI Investable Market.
Source : “Are Emissions Rising or Falling in Equity Indexes?”, MSCI Inc., juin 2022.

Comme l’illustre la figure 7, une hausse des cours boursiers sans changement des émissions des entreprises entraînerait une baisse injustifiée des intensités sans réduction sous-jacente des émissions de carbone. L’effet inverse se produirait pendant un marché baissier, lorsque les cours des actions sont en baisse.

Figure 7. Illustration de l’impact des mouvements des cours boursiers sur les intensités basées sur l’EVIC.
Si les émissions de carbone restent constantes, la hausse des cours boursiers entraînera une baisse des intensités,
tandis que la baisse des cours boursiers entraînera une hausse des intensités. Source : Osmosis.

Poussée à l’extrême, en l’absence d’ajustements du niveau minimal de décarbonisation, la trajectoire de l’alignement de Paris de 7 % par an pourrait simplement être atteinte par des hausses continues des prix des actions supérieures à 7,53 % par an.

Pour être juste, le règlement de l’UE stipule que le niveau minimum de décarbonisation doit être augmenté si la valeur des entreprises augmente. Dans l’histoire récente, nous avons vu la capitalisation boursière, et donc le poids, des secteurs les plus intensifs dans les indices de référence augmenter en raison de la hausse des prix des matières premières. Augmenter le niveau minimum de décarbonisation pendant les périodes d’augmentation de la valeur des entreprises fait grimper l’écart de suivi et le risque actif, ce qui aggrave encore le découplage des OPCVM de l’économie réelle.

Dans l’ensemble, l’EVIC comme dénominateur ajoute un niveau de complexité inutile qui pourrait être évité en appliquant un dénominateur lié à la production pour comparer les entreprises à leurs homologues du secteur.

Portée 3 – L’estimation l’emporte sur la réalité

Les défauts de conception pourraient entraver davantage les retombées financières pour les investisseurs.

Les PAB exigent une intégration progressive des émissions du champ d’application 3 dans les calculs d’intensité. À première vue, la prise en compte des émissions du champ d’application 3 est importante car elles représentent la grande majorité des émissions mondiales des entreprises. Cependant, l’introduction progressive de données estimées risque de prendre le pas sur les données réelles déclarées.

« Il en résulte des indices qui accordent une plus grande importance
aux données estimées qu’aux
données déclarées,
écartant ainsi la réalité au profit de la fabrication. »

Jusqu’à présent, la divulgation des GES par les entreprises se concentre largement sur les émissions de portée 1 (directes) et de portée 2 (indirectes), mais manque souvent de couverture et de détails sur les émissions de portée 3 (autres émissions indirectes), bien que ces dernières soient généralement la plus grande source d’émissions. Le champ d’application 3 représente environ 85 % des émissions totales, tandis que les champs d’application 1 et 2 ne représentent que 15 %.

Compte tenu de la faible divulgation, le TEG encourage l’estimation des émissions du champ d’application 3 sur la base des caractéristiques de l’entreprise et du secteur. Les fournisseurs d’indices ont recours à des modèles d’estimation pour satisfaire à l’exigence de mise en œuvre progressive. Il en résulte des indices qui accordent effectivement une plus grande importance aux données estimées qu’aux données déclarées, écartant ainsi la réalité au profit de la fabrication.

En outre, les données actuelles sur les émissions du champ d’application 3 sont profondément erronées. Comme le démontre une recherche à venir de mon collègue Lennart Hermans, les estimations du champ d’application 3 des fournisseurs de données sont en grande partie dérivées du revenu de l’entreprise x le facteur d’émission de l’industrie. Le facteur d’émission peut être considéré comme une constante.

Si l’intensité d’une entreprise est calculée comme étant les émissions des champs d’application 1 + 2 + 3 / EVIC, alors les émissions des champs d’application 1 et 2 ont peu d’importance étant donné leur faible magnitude par rapport aux émissions du champ d’application 3. L’intensité dépend donc largement de l’estimation des émissions du champ d’application 3, qui peut être simplifiée en facteur d’émissions constant x (revenu / EVIC).

Étant donné que les PAB cherchent activement à réduire les intensités d’émissions calculées comme décrit ci-dessus, les règles de construction de l’indice minimiseront les revenus / EVIC, poussant ainsi les investisseurs dans des portefeuilles avec des entreprises générant peu de revenus.

Non seulement cela va à l’encontre du but recherché, du point de vue de l’investissement, mais c’est également sans conséquence du point de vue de l’environnement. Jusqu’à ce que les données du champ d’application 3 soient divulguées en qualité et en quantité suffisantes, rendre obligatoire l’inclusion de données estimées dans les produits d’investissement est contre-productif.

Conclusion

L’impact environnemental sur le papier seul ne changera pas l’économie réelle.

Les mérites d’un objectif de 1,5°C à Paris ne sont pas remis en question et la communauté des investisseurs devrait travailler activement à sa réalisation. Néanmoins, les règles bien intentionnées ne doivent pas étouffer l’innovation dans les produits d’investissement des fournisseurs d’indices et des gestionnaires d’actifs.

Si les critères d’alignement de Paris mettent l’accent sur le taux de décarbonisation des indices, la trajectoire de décarbonisation ne doit pas devenir le seul critère déterminant pour établir l’alignement de Paris. Les réductions des émissions totales cumulées de gaz à effet de serre au fil du temps sont déterminantes. À titre d’exemple, une décarbonisation de 60 % aujourd’hui, tout en maintenant les intensités à ce niveau à l’avenir, est supérieure à une réduction de 7 % par an. Dans les deux cas, on reste dans les limites de l’allocation maximale prescrite par l’objectif de 1,5 °C, mais la première offre une protection supplémentaire contre les effets d’entraînement sur l’environnement. Le fait de se concentrer sur les émissions cumulées offrira des degrés de liberté supplémentaires dans la construction de portefeuilles alignés sur l’objectif de Paris.

Nous devons également empêcher un découplage entre les indices de référence alignés sur l’objectif de Paris et l’économie réelle. Prescrire une décarbonisation de 7 % par an des portefeuilles – alors que l’économie réelle, y compris les secteurs à fort impact, ne réduit pas les émissions à un rythme régulier – n’incitera pas à un véritable changement et pourrait conduire à des produits d’investissement fortement biaisés qui ne profiteront ni aux investisseurs ni à l’environnement.

Les entreprises commencent leur voyage vers l’alignement sur l’objectif de Paris à partir de différents points de départ. Leur parcours dépend de la distance qu’elles doivent parcourir par rapport à leurs modèles d’entreprise actuels pour atteindre l’alignement sur l’objectif de 1,5°C. Pour certaines, la transition sera relativement facile ; pour d’autres, la décarbonisation sera beaucoup plus difficile à réaliser. Une approche « best-in-class » dans chaque secteur encourage les entreprises, quel que soit leur point de départ, à apporter des changements progressifs vers un avenir plus durable. Il est possible de constituer un portefeuille aligné sur la stratégie de Paris, dont le risque est contrôlé à l’échelle de l’économie et qui encourage la transition vers un monde à 1,5°C, mais il faut pour cela éviter les conséquences involontaires préjudiciables qui annulent l’impact environnemental positif.

Ce document est publié par Osmosis Investment Management US LLC (« Osmosis »). Osmosis Investment Management UK Limited (« Osmosis UK ») est une filiale d’Osmosis et exploite le modèle d’efficacité des ressources d’Osmosis. Osmosis UK est réglementé par la FCA. Osmosis et Osmosis UK sont toutes deux détenues à 100 % par Osmosis (Holdings) Limited (« OHL »).

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